Paru dans L’Humanité, le 3 avril 2002

J’ai la chance de souvent voyager et, même si je ne peux prétendre à chaque fois enquêter, j’en profite pour me faire une petite idée des pays que je traverse. J’ai eu par exemple l’impression de comprendre un peu mieux la société américaine, le jour où la plus jeune de mes filles a eu la malchance de ressentir les premiers symptômes des oreillons, un dimanche soir, du côté de la Floride. Nuit profonde, ville déserte, hôpital introuvable — plus de trois heures après, je mis enfin la main sur un centre de soins. Un médecin s’avança vers nous, imperturbable. « Votre carte de crédit », me demanda-t-il avant même de jeter un regard sur ma fille qui hurlait de douleur. Sa secrétaire vérifia longuement si j’étais solvable, puis d’un signe de la tête rassura le scrupuleux praticien, qui — miracle du libéralisme ! — se souvint alors du serment d’Hippocrate. On imagine la suite de l’histoire si j’avais été à découvert.

Eh bien, pour le dernier week-end de Pâques, je suis parti à Londres. Je ne m’éloignais pas trop de la campagne électorale française, puisque, Blair par-ci, Blair par-là, nombreux sont les politiciens qui semblent raffoler du dynamisme économique de l’Angleterre. Certes, ils savent comme tout le monde que la pauvreté y est galopante, les services publics en mille morceaux, mais ils doivent avoir certainement plus de renseignements que le commun des mortels sur les vertus du modèle anglais. Sans chercher à les contredire, je veux juste leur apporter un élément, aussi mince que mon épisode médicalo-américain, mais aussi symbolique que lui. Connaissent-ils le prix du ticket de métro à Londres ? Sacré symbole, ça, le prix du ticket de métro, un classique pour tout candidat à la présidentielle ! A Paris, c’est 1,30 euros (8,52 F). A Londres, tenez-vous bien, il faut payer l’équivalent de 2,62 euros (17,2O F). Cela dit, on peut toujours se changer les idées en allant au cinéma ! Prix de la place d’une salle banale de Leicester square.: 16,4 euros (107,5 F). Heureusement, il y avait du soleil. Grâce à Tony Blair ?