Paru dans L’Humanité, le 1er avril 2002

A chaque élection présidentielle, et aussi loin que je remonte dans ma mémoire, j’ai toujours voté pour le candidat du Parti socialiste. Cette fois-ci, je n’en fais pas mystère, j’ai l’intention de voter pour Lionel Jospin au second tour, mais pas au premier. Au premier tour, je voterai pour Robert Hue et, je le dis sans ironie, non seulement parce que j’ai une vive sympathie pour le président du Parti communiste, mais également pour rendre service à Lionel Jospin. Je m’explique.

Je suis pour que se poursuive l’expérience de la gauche plurielle. Mais à une condition : qu’il y ait une gauche à la gauche. Pas une gauche de parade (comme celle des trotskistes de Lutte ouvrière), mais une gauche de terrain, irrespectueuse, contestataire, radicale, et pour tout dire moins raisonnable que le Parti socialiste. Car le Parti socialiste, je le connais bien. Nombre de mes amis y militent et ils sont plus sympathiques les uns que les autres. Mais ils ont tous le même défaut : quand ils gouvernent trop longtemps, inévitablement ils penchent au centre, voire à droite. Oh, ce n’est pas par méchanceté, mais par atavisme social-démocrate… Il y a vingt ans, ils se querellaient entre eux pour savoir si, une fois au pouvoir, ils rompraient avec le capitalisme en quelques semaines ou en quelques mois. Les plus « réactionnaires » d’entre eux proposaient d’attendre un an ! Aujourd’hui, ils sont à deux doigts de se crêper le chignon sur la privatisation d’EDF ou celle de France 2.

Certes, on ne peut que les féliciter d’avoir changé face aux réalités du pouvoir, mais encore faut-il qu’à un moment donné ils s’arrêtent d’évoluer. Je connais un type qui a commencé sa carrière en ressemblant à Che Guevara et qui la termine en s’identifiant à Madelin — ça déboussole son entourage. Les socialistes n’en sont évidemment pas là, mais leur désir de gouverner est si fort qu’ils ne peuvent s’empêcher de faire des concessions. Si les communistes n’ont pas un minimum de poids aux prochaines élections, je ne donne pas cher de la législature qui vient.