Paru dans L’Humanité, le 10 avril 2002

Jean Glavany, le directeur de campagne du candidat socialiste, l’affirme : « Je suis zen, au soir du 21 avril, tout va s’éclaircir. » De son côté, Bertrand Delanoë n’en est pas moins serein : « Il est normal que dans une compétition démocratique, il y ait des moments d’incertitude. » Quant à Lionel Jospin, lui-même, il affiche son flegme : « Les enquêtes traduisent une hésitation de l’opinion, mais il ne faut pas trop s’en préoccuper. »

Quel cran ! Quelle force de caractère ! Alors même qu’on en apprend chaque jour davantage sur le fonctionnement scandaleux de la questure de Paris à l’époque chiraquienne, moi, à la place de Lionel Jospin, j’aurais été depuis longtemps furibard. Imaginer que le président de la République, dont le bilan à la tête de l’Etat est quasiment nulle, continue de monter dans les sondages, m’aurait étouffé de colère. « Comment est-il possible que les Français ne fassent pas la différence entre le bosseur intègre que je suis et le frimeur vénal qu’est mon adversaire ? », me serais-je certainement exclamé, trop sûr de mon bon droit pour rester calme. Et j’aurais eu tort ! Car comment ne pas comprendre que Chirac est d’autant plus populaire qu’il ne fait rien et d’autant moins critiqué qu’il s’en vante ?

Donné assez largement en tête au premier tour, qu’a d’ailleurs demandé le président à ses troupes ? De l’imiter. Jouez la prudence, marchez sur des œufs, tournez autour du pot, faites le gros dos et évitez surtout de blesser quiconque serait susceptible de voter pour moi, leur a-t-il dit en substance. Ma campagne, il faut la « lisser » ! Ah, si j’étais premier ministre, j’en aurais eu des choses à apprendre… Je savais qu’un oiseau pouvait lisser ses plumes, une demoiselle sa jupe, un moustachu sa moustache, mais un homme politique sa campagne — quelle révélation ! J’ai eu beau constater pendant sept ans l’efficacité du mot d’ordre chiraquien « En faire le minimum !», je ne me doutais pas que j’en découvrirais encore les vertus en pleine campagne électorale.