Vous avez longtemps soutenu les socialistes. Au final, vous dites-vous parfois : « J’aurais dû être moins crédule » ?

J’ai cru que des gens comme moi pouvaient infléchir leur politique. J’ai surestimé mon influence par naïveté, avant de comprendre que je me faisais rouler dans la farine, et notamment par Mitterrand. Je parlais avec lui en toute liberté, il avait le talent de mettre en avant son interlocuteur, mais c’était pour le fun. Au final, oui, j’ai été cocufié.

Et dans votre vie professionnelle, vous pensez également avoir commis des erreurs ?

Je ne sanglote pas sur ce que j’ai dit à propos de Le Pen ou de Pasqua, mais il m’est arrivé, à propos de quelques autres personnes, de mal tomber.

Vous avez alors exprimé vos regrets aux intéressés ?

J’ai écrit une fois à Yves Duteil, qui avait été triste de m’entendre ironiser sur la pédophilie, à propos de sa chanson «prendre un enfant par la main». Une autre fois à Philippe Clay, que j’avais traité à la télévision de «vieux con». Sa femme m’a téléphoné le lendemain : «Le vieux con dont vous parliez a eu beaucoup de peine, parce qu’il a perdu son fils la veille». Sur le moment, comme j’ai un mauvais fond, je me suis demandé ce qu’il foutait devant la télé alors que son fils était mort, mais comme la mort d’un enfant est un cauchemar absolu, je lui ai envoyé une lettre.

On connaît la générosité de vos engagements publics, mais vous est-il arrivé, d’une façon plus privée, de vous conduire mal ?

Cela m’est arrivé. Lorsque j’étais très jeune, je me suis conduit comme un petit con : je pense à l’avortement. A l’époque, c’était interdit et dangereux. A l’école de théâtre de la rue Blanche, nous avions un véritable réseau de « tricoteuses », de «faiseuses d’anges». Et moi, petit macho du Sud, j’étais beaucoup plus préoccupé par l’argent qu’il me fallait trouver qu’attentif aux jeunes femmes qui me voulaient du bien et à qui j’avais malencontreusement fait un enfant. L’avortement est une chose gravissime, je n’en étais pas conscient à l’époque comme je le suis aujourd’hui.

Impitoyable avec les autres dans vos spectacles, vous savez donc être sévère avec vous-même ?

Je suis loin d’être fier de tout ce que j’ai fait ! Il y a, par exemple des ingratitudes qui m’attristent souvent. Ne m’entendant pas avec ma mère, c’est connu, j’ai eu la chance d’avoir deux tantes, qui ont été absolument adorables avec moi dans la fragilité de mon adolescence. Ces deux sœurs de ma mère sont mortes aujourd’hui et je sais que je ne m’en suis pas assez occupé. Je ne leur ai pas rendu le nombre de visites qui convenait, j’aurais dû leur téléphoner, leur écrire plus régulièrement.

Vous parleriez à ce propos de remords ?

Oui, et je l’étendrais à des gens qui ne sont pas de ma famille et que j’aime. J’ai l’idée un peu enfantine qu’à partir du moment où je pense à eux, par je ne sais quelle sorte de télépathie, ils le savent. Je leur veux du bien à distance et j’ai l’impression que cela ferait pléonasme si je leur envoyais ne serait-ce qu’une lettre. C’est une étrange frivolité de ma part, mais apparente après tout puisque je m’en veux et que je vous en parle.