TOUTES CES COULEUVRES QUE J’AI AVALEES !
Interview publiée dans Voici en 2006

Voici – Quand on vous a proposé de faire cette interview, vous avez répondu texto : « Voici, ce journal de m… ? »…

Gérard Miller – Oui, mais bonne pâte comme je suis, j’ai dû mettre des guillemets.

Pourquoi avoir accepté, finalement ?

Parce que les magazines dont je suis le plus proche intellectuellement, comme Libération ou le Nouvel Obs, sont ceux qui me sont le plus hostiles ! Je vois trois catégories de journaux : la presse respectable, celle qui contribue à l’abêtissement des populations et celle qui favorise la lepénisation des esprits, et à laquelle je ne collaborerai jamais. Vous êtes dans la deuxième catégorie. Dans la hiérarchie du pire, ça vous laisse de la marge. Et puis, Laurent Ruquier n’arrête pas de me dire que vous êtes drôles, alors…

Voilà, c’est ça qui est énervant chez vous : ce côté donneur de leçons, ce complexe de supériorité que vous affichez en permanence…

Donneur de leçons, d’accord. Mais si la psychanalyse et le gauchisme réunis m’ont appris quelque chose, c’est bien de ne jamais penser que quiconque est supérieur à quiconque. Chaque vie a sa singularité, sa vertu, sa grandeur.

Grâce à vos réponses, nos lecteurs vont peut-être devenir intelligents.

Oh, je vous ai blessés, je m’en veux. Je fais mon autocritique : Voici est au journalisme de qualité, ce que l’abbé Pierre est à la charité, un modèle ! Ça va mieux ?

Vous êtes animateur sur France 3 Ile-de-France, chroniqueur chez Ruquier à la télé et à la radio, vous donnez des cours à Paris VIII, vous écrivez dans la presse et vous publiez des livres… Dites, pour consulter Gérard Miller-le-psy, c’est quel jour ?

On peut m‘appeler n’importe quel jour. J’ai pas mal d’activités, mais je passe de l’une à l’autre sans temps mort. Je tire le rideau très vite. Quand l’enregistrement d’une émission débute à midi, j’arrive à midi moins deux. Pas par mépris, mais parce que je n’ai pas besoin de temps pour me concentrer, ni d’inhibitions à surmonter.

Il paraît qu’à chaque fois que Laurent Ruquier fait rentrer un nouveau chroniqueur dans sa bande, vous êtes furieux…

Le plus souvent je suis surpris, quelquefois atterré, mais furieux non, jamais. A quoi bon ? Laurent n’en fait qu’à sa tête, et c’est tant mieux : s’il m’avait demandé mon avis, dans la bande, on serait quatre ou cinq. Au maximum !

Qu’est-ce qui pourrait un jour vous la faire quitter, cette fameuse bande ?

J’y suis depuis plus de dix ans, c’est dire le nombre de couleuvres que j’ai déjà avalées. Me grimer, faire des sketchs, dialoguer avec des astrologues, commenter la Star Ac, cohabiter plusieurs mois avec Philippe Bouvard, monter sur scène aux Théâtre des Variétés… Si France 2 ne me vire pas et si Ruquier ne remplace pas Isabelle Alonso par Christine Boutin, franchement, je ne vois pas ce qui pourrait me faire partir.

Pour le psy que vous êtes, qui est le chroniqueur le plus névrosé ?

Il ne faut pas tout mélanger, je ne vais donc pas utiliser à tort et à travers ce précieux concept psychanalytique en parlant de mes copains de jeu. Cela étant dit, Christine Bravo est certainement celle qui distingue le moins bien le poulet de l’assiette. Du coup, c’est la plus ingérable, la plus fatigante.

Carrément ?

Mais oui. Christine, c’est quelqu’un qui est capable de balancer à un invité asiatique que le visage des « jaunes » n’exprime aucune émotion, ou qui se permet d’expliquer à Salman Rushdie qu’il ne sait pas écrire ! Il n’y a que Steevy, quand il parle « au nom de la jeunesse française », qui arrive à rivaliser avec elle. Parfois, je l’avoue, Steevy se croit tellement « normal » qu’il me fait peur…

Il y en a un, en tout cas, qui ne sera jamais votre copain, c’est Laurent Gerra…

C’est vrai, même à l’époque où Ruquier lui écrivait ses textes, je n’étais pas copain avec lui, et je ne cachais pas le peu de sympathie que m’inspirait ce jeune beauf à la vulgarité satisfaite. C’était un garçon falot et timoré, mais il était quand même loin de se prendre pour un leader d’opinion ! Depuis, le succès lui a tourné la tête. Il est devenu emphatique, puis venimeux. Entre deux éructations sur l’homosexualité ou le rap, il a trempé sa glotte dans la haine. Gerra n’a pas le même fonds de commerce que Dieudonné, mais comme lui, il se radicalise du côté du pire, et ce n’est pas rassurant.

Votre cheval de bataille, c’est donc toujours la « lepénisation des esprits » ?

Plus que jamais ! Le rire ne dédouane personne, ni les imbéciles, ni les salauds. Il est tout à fait possible que les extrémistes de demain, moins politiques que Le Pen mais tout aussi obscènes et féroces que lui, portent des nez rouges de clowns. Ne vous fiez pas aux apparences : en 1940, Pétain avait le look d’un bon grand-père et Hitler ressemblait à Charlot !

Vous parlez de beauferie à propos de Laurent Gerra, mais Christophe Alévêque et ses vannes sur l’orgasme de Roselyne Bachelot, c’est quoi ?

Mais Christophe, aussi, est un beauf ! Quand il raconte ses supposées démêlés avec sa femme, il exploite un vieux filon misogyne que je trouve pathétique. Sauf que, pour l’instant, le reste de son « œuvre » parle pour lui.

Vous en êtes où avec Michel Drucker ?

On s’est réconciliés, il y a deux ans, autour d’un déjeuner. Il avait déjà opéré une tentative de rapprochement, lorsqu’on s’était croisés un soir dans la loge d’Enrico Macias, un homme qui fait toujours beaucoup pour la paix entre les peuples ! Et une autre fois, il m’avait aimablement salué à la première de La presse est unanime.

Et qui a payé l’addition du déjeuner ?

C’est moi. Un homme qui vous tend deux fois la main, vous l’invitez. Mais ne me faites pas dire : « C’est moi qui ait payé l’addition », sans mettre avant votre question, j’aurais vraiment l’air mesquin.

Votre compagne Anaïs a trente ans de moins que vous. Vous êtes en voie de Johnny Hallyday-isation ?

J’ai été marié pendant presque vingt ans avec la mère de mes quatre enfants, une psychanalyste de ma génération. Et puis, je suis redevenu célibataire et j’ai retrouvé le plaisir du jeune don Juan que j’étais. Je n’imaginais pas du tout refaire ma vie — d’ailleurs, c’est une expression que je déteste, « refaire sa vie » : on ne refait pas sa vie, on la continue —, et voilà sept ans, je suis tombé sur mon actuelle compagne, qui m’a arrêté dans mon élan de dragueur invétéré.

C’est vous qui l’avez abordée ?

Oui. Elle était dans le public de l’émission, que Laurent présentait à l’époque sur France Inter. Je ne l’ai pas quittée des yeux et, à la fin, j’ai traversé tout l’amphi pour lui parler. Elle était membre du PC et venait à Paris pour assister à un colloque sur Marx. Ça ne s’invente pas !

Vous aimez ça, séduire, mettre les gens dans votre poche…

En l’occurrence, avec les femmes, ça n’était pas dans ma poche, mais dans mon lit.

Philippe Vandel ou Isabelle Alonso disent que vous êtes en privé très différent du personnage public. Alonso pense même que vous simulez vos colères à l’écran.

Ça n’est pas ça, mais à la télé, j’ai le sentiment qu’il faut que je sois à la hauteur de quelque chose. Bon, on va tomber dans le sérieux là, non ?

Non, non, continuez…

Je suis né après la guerre d’une famille anéantie par les nazis. Même si ça ne m’a pas empêché de m’amuser dans la vie, j’ai toujours l’impression qu’un regard me surplombe, comme si mes grands-parents me regardaient, mais aussi le gamin révolté que j’étais à 15 ans. Et quand, par exemple, je me retrouve sur un plateau avec Jacques Vergès, qui a défendu le tortionnaire Klaus Barbie, je ne peux pas ne pas me mettre en colère. Comme si, dans le cas contraire, je trahirais quelque chose ou quelqu’un. Mais il m’arrive aussi de m’énerver pour des broutilles, c’est vrai…

On vous a vu participer à un colloque de l’UDF. Ah, ils sont loin, les 15 ans de Gérard Miller…

Je persiste et je signe : j’aime beaucoup François Bayrou. J’aime les gens qui empêchent les groupes d’être monolithiques. Lui, c’est Astérix, c’est l’épine plantée dans le talon de l’UMP. Aujourd’hui, il y a deux personnes qui prennent des risques en politique : Fabius à gauche, Bayrou à droite.

En 2007, vous voterez Bayrou ?

Non, même si c’est bien la première élection où je ne sais vraiment pas pour qui je vais voter (il regarde sa montre)…

Rassurez-vous, on a bientôt fini.

Ce n’est pas que je m’ennuie, mais je dois déjeuner avec Anaïs…

Il paraît que vous adorez raconter des bobards aux inconnus ?

Je fais ça depuis que je suis collégien, dans la rue, avec des copains. Et je l’ai refait un jour avec mes camarades de l’émission, alors que nous étions bloqués dans un aéroport. J’aborde un type et je lui dis : « Ça alors, incroyable ! » (il rejoue la scène). « Mais… comment ça, tu ne me reconnais pas !? Mais enfin, on a dîné ensemble il y a quinze jours ! » Alors l’autre, incrédule, me réponds un truc du genre : « Chez Charlotte ? » Et moi : « Oui, chez Charlotte ! » Peu à peu, il me lâche des informations que j’exploite. Et voilà comment faire croire à un inconnu qu’il vous connaît depuis vingt ans…

Vous donnez toujours des cours d’abdo-fessiers ?

Il ne faut pas exagérer ! J’en donne parfois à mes camarades, pendant nos déplacements, à l’hôtel. De même que je leur ai toujours fait des tours de magie ou que j’orchestre des murder parties. J’ai une âme d’organisateur d’activités collectives, on fait souvent appel à moi pour les mariages, les communions ou les bar mitzvas !

Dernière question : depuis que notre collaborateur Frédéric Beigbeder a interrompu sa chronique, on est submergé de demandes de célébrités qui se bousculent pour le remplacer. Vous seriez candidat ?

Ecoutez, considérons qu’un grand pas en avant a été fait dans le rapprochement entre Voici et moi avec cet entretien, qui s’est déroulé chez moi, de façon très conviviale… Ne brûlons pas les étapes.

C’est une question d’argent ?

Certainement pas. Avec moi, ce n’est pas comme ça qu’il faut procéder !