Paru dans L’Humanité, le 11 avril 2001 avril 2002

Je viens d’apprendre la nouvelle, elle m’avait échappé, Alain Madelin se présente au premier tour de l’élection présidentielle. Certes, j’avais pris connaissance comme tout le monde de la liste publiée par le Conseil constitutionnel, relevé le nombre des postulants (16), remarqué l’existence de telle candidature musclée (Saint-Josse), de telle autre folklorique (Gluckstein) ou crypto-chiraquienne (Lepage), mais, allez savoir pourquoi, j’avais zappé totalement le fringant Madelin. Je l’ai donc regardé sur France 2, écouté à la radio, lu dans plusieurs journaux, je me suis même promené sur son site internet, et j’ai au moins compris une chose : Alain Madelin est possédé par ce qu’il appelle « une folle envie de modernité ». L’expression est curieuse, mais donne le ton du bonhomme : dès qu’il parle de lui, il exagère. « J’estime être le plus réformateur, le plus européen, le plus régionaliste », explique-t-il avec simplicité. Le reste est à l’avenant.

Madelin manie l’hyperbole, abuse des superlatifs et va jusqu’à développer la thèse qu’il se présente — ça ne s’invente pas — pour « donner une chance à l’avenir ». Bref, son score n’est évidemment « pas celui que mérite (ses) idées », et quand il affirme dans son programme « vouloir récompenser le mérite », c’est d’abord au sien qu’il pense. Jean-Pierre Chevènement croit en son destin, Arlette Laguiller en son gourou, Jacques Chirac à sa bonne étoile — Alain Madelin croit en lui. Il se pense séduisant, affriolant, « appétissant ». Là encore, je n’invente pas : « il n’y a pas d’appétit » pour le chef de l’Etat, affirme-t-il par exemple, comme s’il était, lui, une gourmandise. Il suffit de l’entendre parler pour comprendre qu’à chaque mot, il se dévore des yeux. C’est la droite Narcisse, la droite Castafiore (cf. Tintin), qui rit de se voir si belle en ce miroir.

Nombreux sont ceux qui disent de Madelin qu’il est le candidat du Medef. Ce n’est sans doute pas faux, mais il est d’abord le candidat de lui-même. D’ailleurs, s’il était le seul à voter, il serait élu président.