Paru dans L’Humanité, le 2 avril 2002

Je dois faire un nouvel aveu aux lecteurs de l’Humanité. Bien qu’elle n’ait jamais manifesté le moindre désir d’abandonner à son sort le parti archaïque auquel elle appartient, j’aime bien Roselyne Bachelot. Pour son engagement en faveur du Pacs, pour son militantisme féministe, pour sa capacité à parler de la société telle qu’elle est et non pas telle que la voudrait le RPR. Sa nomination comme porte-parole du candidat Chirac ne me laissa donc pas indifférent et j’attendais avec curiosité quelle contribution originale elle allait bien pouvoir apporter à la campagne de l’opposition. Hélas, il faut en convenir aujourd’hui, la surprise ne sera pas au rendez-vous : Roselyne Bachelot a été comme anesthésiée par sa nomination — c’était le réveille-matin de la droite, c’est devenu son bonnet de nuit.

Selon toute évidence, Jacques Chirac misait sur elle pour se faire entendre bien au-delà des rangs de son propre parti. Or, par une curieuse inversion des rôles, c’est tout le contraire qui s’est produit. Roselyne Bachelot ne communique plus qu’en interne. Elle ne s’intéresse plus qu’aux états d’âme de ceux qui la détestent et qu’elle ne cesse de convaincre de sa « normalité ». Tranquilliser Bernadette et montrer patte blanche aux gardiens du sérail, voilà son obsession ! Au lieu de s’adresser aux électeurs les moins conformistes, les plus réveillés, pour les persuader un tant soit peu que Jacques Chirac leur ressemble, elle rassure en permanence les partisans les plus conservateurs du chef de l’Etat : « Regardez-moi, je suis comme vous, je somnole. »

Le week-end dernier, comme on l’interrogeait une fois de plus sur le tollé soulevé dans son propre camp par sa nomination, Roselyne Bachelot répondit avec satisfaction : « Je n’ai reçu que 71 lettres de protestation. On est loin de la déferlante décrite par certains ». A chacun ses victoires… Certains se félicitent bruyamment d’avoir réuni leurs 500 signatures. Si les chiraquiens lui envoient moins de 500 lettres d’insultes, Roselyne Bachelot, elle, considérera qu’elle a gagné.