Paru dans L’Humanité, le 26 mars 2002

Le Nouvel Observateur publie dans son dernier numéro un article cruel et réjouissant sur la décrépitude de Jean-Marie Le Pen. Celui que ses partisans surnomment le Menhir serait en effet au bord de l’épuisement moral. Fatigué d’un numéro qu’il ne réussirait plus à renouveler, fatigué surtout de rester à 74 ans un éternel perdant. Son pas serait devenu lourd, son esprit lent, il aurait à la tribune des trous de mémoire, des absences — bref, sans que personne n’ait même besoin de sonner l’hallali, ce serait bientôt la fin.

Du coup, dans ce contexte de déchéance programmée, l’affaire des cinq cents signatures, dont quelques unes manqueraient encore au président du Front national pour être candidat, apparaît comme une incontestable aubaine pour l’extrême droite. Ne voilà-t-il pas, en effet, que d’authentiques démocrates en viennent à se demander si la disparition prématurée de Le Pen ne serait pas préjudiciable à la démocratie ! Les belles âmes !Les mêmes, peut-être, qui se scandalisaient, il y a peu, de voir des notables de droite apporter au Front national la caution de leur respectabilité. Et quelques années plus tard, elles s’inquiètent qu’un élu local, devançant la critique, préfère s’abstenir d’encourager ce même mouvement ! Mais n’est-ce pas au contraire une bonne chose, le signe que le combat contre l’extrême droite a porté quelques fruits, si tel maire qui, dans le passé, s’était laissé séduire par les sirènes lepénistes, déclare aujourd’hui qu’on ne l’y reprendra plus ? Car, il y a sept ans, alors que fonctionnait le même système des parrainages, il avait réussi, Le Pen, à rassembler son petit lot de blancs-seings. Qu’on se rassure donc, s’il n’y arrivait pas cette fois-ci, la démocratie survivrait au choc émotionnel (et l’extrême droite aussi, hélas). Sans doute faudra-t-il changer un jour les modalités d’accès à la candidature présidentielle. Mais, en attendant, qui croit sérieusement que la République puisse souffrir de la marginalisation, toute relative d’ailleurs, de l’un de ses pires pourfendeurs ?