Depuis quand êtes-vous un saltimbanque ?

Depuis que je suis né. Je suis tout de suite sorti des sentiers battus,  dès mon enfance où nous vivions dans une immense pauvreté. On habitait en grenier rue de Vaugirard, on allait chercher l’eau sur le palier, et quand mes parents ne pouvaient plus payer un pensionnat, ils me mettaient dans un autre : Meudon, Chatou, Clamart, Versailles, Courcelles, Brunoy —ma jeunesse m’a préparé à la vie d’errance que j’allais avoir. Mon père était un musicien de génie, il écrivait des symphonies, des concertos et des ballets sublimes, mais nous n’avions rien. Alors, très vite je me suis démerdé et j’ai vécu d’expédients.

L’art, la littérature, vous attiraient déjà ?

Et comment ! Je me nourrissais d’écrivains, de poètes, de musiques, je rentrais en douce dans les salles de quartier et je me tapais des films d’aventure, je me plongeais pour m’évader dans toutes les épopées, modernes ou d’époque, et je m’identifiais aux héros à la Gary Cooper et autres Errol Flynn. Mais chaque fois que je pensais avoir trouvé ma voie, je remettais tout en question.

Aujourd’hui, des années plus tard, vous êtes tout de même un peu plus « rangé », non ?

Pas le moins du monde, ma vie reste une remise en question perpétuelle. J’ai vécu dans des palaces et dans des chambres de bonne, j’ai gagné de l’argent, je l’ai partagé ou dépensé, j’ai passé mon temps à faire la manche et je continue pour trouver de quoi monter mes spectacles. Ma vie n’a jamais cessé de ressembler à un yoyo ! Mais à force de vagabonder, j’ai fait des tonnes de rencontres, et parmi les plus belles.

Dieu, vous l’avez rencontré à 40 ans, quand vous vous êtes fait baptiser ?

Je me suis initié à toutes les religions, je pourrais toutes vous les raconter, et j’ai toujours cru en Dieu. Mais ce que voulait mon père, c’est que je choisisse moi-même, le moment voulu, et il avait raison. Depuis toujours, j’étais à la recherche d’une identité, alors j’ai essayé de comprendre et j’ai écouté.

Dieu vous a parlé ?

Disons que je suis comme Jeanne d’Arc, j’ai mes voix ! Et le fait est que tout ce que j’ai tenté au théâtre concernant les Evangiles ou Jésus ou Marie, je n’y suis pour rien, ça m’a été soufflé, Dieu a tout décidé pour moi. Sinon comment expliquer ce qui s’est passé par exemple pour Lourdes… Pendant deux ans, on me refuse de monter le spectacle, tout le monde me le refuse. On me dit : « Ça fait un siècle que personne n’a rien monté sur le parvis en dehors des cérémonies religieuses », et un beau matin, on accepte que je fasse une création mondiale sur ledit parvis, devant des milliers de malades et de pèlerins, 25000 personnes, tout était gratuit, on distribuait le pain et l’eau  à ceux qui souffraient…  Oui, je crois que Dieu a posé son regard et m’a pris en pitié.

Vous vous pensez comme un militant de la foi ?

A défaut d’être nécessaire, je souhaite me rendre utile, c’est tout, et donner un sens à ce passage qu’est ma vie.